Yalqout Yossef : Tome 1
Le lavage des mains le matin
(Choul’han ‘Aroukh, siman 4)
1) A priori, il faut avoir soin de ne toucher aucun aliment avant de s’être lave les mains le matin. Il faut donc veiller à ce que les jeunes enfants se les lavent aussi avant de toucher des aliments ou des boissons, car a priori on doit également l’éviter pour les enfants.
2) On peut acheter du pain chez un boulanger juif même si on n’est pas sûr que les employés se lavent les mains comme il faut le matin. De même il est permis d’acheter des denrées alimentaires chez un commerçant non pratiquant qui ne se lave probablement pas les mains, et a posteriori on n’a pas à se soucier de ce qu’il ait pu toucher aux aliments sans se lever.
3) Si on a touché à des aliments qu’il est possible de rincer (des fruits par exemple) sans s’être lave les mains le matin, on les rinceratrois fois à l’eau. Mais si ce sont des aliments qu’il est impossible de rincer (du pain par exemple) ou des boissons, on peut les autoriser a posteriori, surtout si ce sont de jeunes enfants qui les ont touchés car on peut se montrer encore moins strict dans ce cas. Mais celui qui veut être plus strict et s’abstenir d’en manger a un mérite particulier, s’il ne s’agit pas d’une grande perte.
4) On peut manger sans aucun problème les aliments ou les boissons qu’un non juif a touchés sans s’être lave les mains le matin, et il n’y pas du tout lieu de s’en soucier.
5) A priori, on ne doit pas toucher des aliments ou des boissons avant de se laver les mains lorsqu’on a dormi d’un vrai sommeil dans la journée. Mais on peut les autoriser a posteriori, et on n’a pas besoin de se montrer plus strict.
6) De nos jours où nous dormons dans des vêtements de nuit, les mains ne sont probablement pas souillées et ont pas besoin d’être nettoyées ; on peut donc dire la bénédiction et boire lorsqu’on veut boire de l’eau en se réveillant.
7) Il est permis de priser du tabac avant de se laver les mains le matin. De même il est permis de fumer une cigarette. A plus forte raison c’est permis avant de se laver les mains en sortant des toilettes ou en sortant d’un cimetière.
8) Bien que selon la règle stricte il ne soit pas nécessaire d’utiliser un récipient pour les ablutions matinales, Maran, l’auteur du Choul’han ‘Aroukh, écrit qu’il est bon de veiller pour ce lavage, à tout ce qui est nécessaire au lavage des mains avant le repas. Cela signifie qu’il faut veiller à utiliser un récipient et à ce que l’eau soit versée par l’intervention de l’homme, et tel est l’usage en pratique. Mais lorsqu’on n’a pas de récipient, on peut se laver trois fois en alternance au robinet.
9) Pour ce lavage, on lave d’abord la main droite. Si on utilise un récipient, on le prend de la main droite et on le passe à la main gauche qui verse l’eau sur la main droite ; on le reprend ensuite dans la main droite et on verse l’eau sur la main gauche. On aura soin de verser trois fois en alternance, pour faire disparaitre l’esprit malfaisant qui souille les mains, et non de se laver trois fois de suite la même main. Il faut se laver tous les doigts et la main jusqu’au poignet
10) Si une main est couverte d’un pansement ou d’un plâtre, on lave l’autre main (et on dit ‘al Nétilat Yadayim).
11) Lorsqu’on a veillé toute la nuit, il y a un doute sur l’obligation de se laver les mains le matin. On les lave donc SANS BENEDICTION, trois fois comme toujours. Mais on se lave les mains avec bénédiction lorsqu’on a veillé jusqu’à ‘hasot et qu’on dort ensuite d’un véritable sommeil : tel est l’usage.
12) Lorsqu’on s’est lavé les mains en règle avant le lever du jour, il y a un doute sur l’obligation de les relaver après pour faire disparaitre l’esprit malfaisant. On les relavera donc trois fois en alternance SANS BENEDICTION. Mais l’opinion moins stricte se justifie en cas de besoin.
13) Lorsqu’on on dort dans la journée, il y a un doute sur l’obligation de se laver les mains trois fois les mains. On les lavera donc SANS BENEDICTION, trois fois en alternance.
14) On ne se fait pas laver les mains le matin [c’est à dire se faire verser l’eau sur les mains] par une personne qui ne s’est pas encore lavé les siennes [mais elle peut apporter l’eau]. Ce n’est que pour la Nétilat Yadayim du matin qu’on est plus strict ; en revanche, pour les autres lavages, avant le repas par exemple, on peut se faire laver les mains par une autre personne qui ne s’est pas encore lavé les mains [Mais il faut avoir soin de ne pas lui toucher les mains].
15) Les femmes ont aussi l’obligation de faire Nétilat Yadayim le matin. Elles doivent aussi dire la bénédiction avant de s’essuyer mais si elles ne l’ont pas dite à ce moment-là, elles peuvent la dire ensuite avec les bénédictions du matin, qu’elles diront le plus rapidement possible après Nétilat. Il faut aussi habituer les enfants à accomplir cette miswa, d’autant plus qu’ils touchent aux aliments et qu’il faut a priori l’éviter même s’il s’agit de tout petits, comme on l’a vu au paragraphe 1[R1] . C’est une miswa de laver aussi les mains des tout-petits qui n’ont pas encore l’âge d’être éduqués, et c’est une bonne mesure pour qu’ils grandissent dans un esprit de pureté et de sainteté.
16) Il est permis de faire la Nétilat Yadayim du matin dans nos éviers de cuisine munis d’un trou d’évacuation. Il est cependant recommandé de rincer l’évier avant de l’utiliser ensuite pour y laver des fruits ou y faire la vaisselle.
17) On récite la bénédiction ‘al Nétilat Yadayim avant de s’essuyer les mains. Si l’endroit n’est pas propre et qu’on ne peut pas la dire, on la dire après d’être essuyé, le plus tôt possible. Il y a des personnes qui la disent à la synagogue en même temps que les bénédictions du matin, car elles ne pouvaient pas la dire chez eux, et cela se justifie.
18) Voici les cas qui nécessitent de se laver les mains avec de l’eau :
a) Lorsqu’on a dormi (dans un lit)
b) Qu’on sort des toilettes et des bains
c) Qu’on s’est coupé les ongles
d) Qu’on s’est gratté la tête
e) Qu’on s’est lavé la tête
f) Qu’on a marché entre les tombes
g) Qu’on a touché un mort
h) Apres les relations conjugales
i) Apres avoir touché un pou
j) Apres avoir touché une partie du corps habituellement couvertes
[Dans tous ces cas, il n’est pas nécessaire d’utiliser un récipient]. Quiconque fait une de ces choses et ne se lave pas les mains, oublie ce qu’il sait s’il est un érudit ; si c’est un ignorant, il perd son bon sens.
19) On doit aussi se laver les mains lorsqu’on sort d’un urinoir, même lorsqu’on sort des toilettes d’un avion.
20) Lorsqu’on s’est déchaussé sans toucher les chaussures [R2] , on n’a pas besoin de ses laver les mains. Il n’est pas nécessaire de se laver les mains lorsqu’on essaye des chaussures neuves (si on n’a pas touché les anciennes chaussures en les retirant).
21) Ce n’est que lorsqu’on s’est frotté le cuir chevelu qu’il faut se laver les mains ; après un lavage de cheveux, mais ce n’est pas nécessaire si on les a simplement savonnés sans que les doigts pénètrent à l’intérieur, car toucher les cheveux n’est pas aussi salissant que toucher le corps lui-même.
22) D’après certaines opinions, il faut se laver les mains lorsqu’on s’est gratté la barbe, surtout si on se gratte près de la peau où il y a des traces de sueur. Mais on n’a pas besoin de se laver si on s’est simplement touché la barbe.
D’après d’autres opinions, on n’a pas non plus besoin de se laver lorsqu’on se gratte à l’intérieur de la barbe, et c’est ce que tout le monde fait.
23) Il faut se laver les mains en sortant d’un cimetière ou en revenant d’un enterrement. Et d’après la strict halakha, ce n’est pas une obligation si on s’est tenu à une distance de plus de 2 mètres du mort et qu’on n’est pas entré dans le cimetière. On a néanmoins l’habitude de se laver dans tous les cas.
24) Il faut se laver les mains après avoir touché un pou, même si on ne l’a pas tué.
25) Ce n’est pas à cause de l’esprit malfaisant qu’on doit se laver les mains lorsqu’on s’est touché le corps, mais à cause de la transpiration. Donc, si on n’a pas d’eau, il suffit de se nettoyer dans quelque chose destiné à nettoyer.
26) Il faut se laver les mains lorsqu’on touche le corps d’un non-juif [dans un endroit habituellement couvert] ou celui d’un renégat.
27) D’après certaines opinions, il faut se laver les mains après avoir touché les mucosités nasales. Selon d’autres opinions, ce n’est pas nécessaire. Si on n’est en train d’étudier, on s’essuiera donc simplement dans quelque chose qui nettoie. On doit néanmoins l’éviter à priori, surtout pendant la prière et l’étude, comme l’écrit le Rav ‘Haim vittal : « Mon maitre Zal[R3] m’a particulièrement recommandé de ne pas du tout introduire le doigt dans l’oreille pour en retirer les mucosités pendant la prière, depuis le début des bénédictions du matin jusqu’à Aleinou Léchabéa’h ; si on l’a fait, il faut se laver les mains. »
28) D’après certaines opinions, si une seule main a touché une chose pour lesquelles il faut se laver les mains, il suffit de laver cette main-là. Mais d’après d’autres opinions, il faut les laver tous les deux, et il est bon de les respecter.
29) Si on a introduit une main dans les toilettes, il suffit de se laver cette main-là. Mais il est bon d’être plus strict et de les laver toutes les deux.
30) Pendant la prière ou l’étude de la Torah, il faut se veiller à ne pas toucher ses cuisses, les genoux ou les autres parties du corps habituellement couvertes et à ne pas se gratter la tête, car il y a des traces de sueur à ces endroits-là. Mais on n’a pas besoin d’éviter de toucher les parties découvertes de la chevelure et du corps.
31) Il est permis de se toucher le bras en attachant les tefillin, et on n’a pas besoin de se laver les mains.
32) Ceux qui portent les chemises à manches courtes ont le droit de toucher le bras aux endroits découverts car ce ne sont pas des parties du corps habituellement couvertes.
33) D’après Maran, l’auteur du Choul’han ‘Aroukh, si on n’a pas d’eau pour se laver les mains le matin et qu’on se les essuie dans quelque chose destiné à nettoyer, on dit ‘al Nékiyouth Yadayim ; ce lavage suffit pour la prière, mais pas pour faire disparaitre l’esprit malfaisant qui souille les mains. Mais d’après la Gaon de Vilna[R4] , on dit ‘al Nétilat Yadayim. D’après d’autres opinions, on ne dit pas du tout de bénédiction parce que on ne peut pas employer l’expression ‘al Nétilat Yadayim et que nos Sages ne mentionnent pas la formule ‘al Nékiyouth Yadayim. Il est donc préférable de ne rien dire du tout.
34) Si on n’a pas d’eau pour se laver trois fois, on ne doit cependant pas s’abstenir d’étudier en attendant le lever du jour. On se lavera un peu ou on se nettoiera les mains dans quelque chose destiné à nettoyer, on dira les bénédictions du matin et la bénédiction de la Torah, et on étudiera selon les règles établies par le Talmud et les décisionnaires.
35) Il est bon de se rincer la bouche le matin, à cause de la salive et parce qu’il faut mentionner le nom de D. dans les bénédictions avec sainteté etpureté. Mais si on manque d’eau propre et qu’on ne peut pas se laver, cela n’empêche pas de dire des bénédictions.
[R1]A priori, il faut avoir soin de ne toucher aucun aliment avant de s’être lave les mains le matin. Il faut donc veiller à ce que les jeunes enfants se les lavent aussi avant de toucher des aliments ou des boissons, car a priori on doit également l’éviter pour les enfants
[R2]Enlever les chaussures avec le pied.
[R3]Ari Zal
[R4]Eliyahou ben Shlomo Zalman[1], plus connu comme le Gaon de Vilna - Le Génie de Vilna - simplement par son acronyme hébraïque HaGRA ( "HaGaon Rabbénou Eliyahu" - Notre Maître Élie, le Génie), ((הגר"א (הגאון רבינו אליהו) (Vilna, 23 avril 1720 — 9 octobre 1797), est l'un des représentants les plus éminents de la période des Aharonim (autorités juives à partir des temps modernes), au point d'être considéré par de nombreuses autorités ultérieures comme un Rishon (autorités juives médiévales, dont les opinions ont préséance sur celles des Aharonim).